Publicité

Samedi 3 mai 2008
Daphnis et une bergère


La bergère :  Pâris quoique berger, enleva la sage Hélène.
Daphnis :  Et moi, c'est parce que je suis berger que mon Hélène m'embrasse.
La bergère :  Moins d'orgueil, jeune indiscret ; un simple baiser n'est rien.
Daphnis :  Un simple baiser a mille charmes.
La bergère :  Eh bien! J'essuie mes lèvres et j'en efface ton baiser.
Daphnis :  Tu l'effaces! Laisse-moi donc t'en donner un autre.
La bergère :  Va baiser tes génisses ; respecte une fille encore pure.
Daphnis :  Moins d'orgueil : jeunesse passe comme un songe.
La bergère :  Le raisin sec conserve sa saveur et l'on cueille encore la rose flétrie.
Daphnis :  Viens sous ces oliviers sauvages ; j'ai deux mots à te dire.
La bergère :  Non, non ; tu m'as déjà trompée avec tes douces paroles.
Daphnis :  Viens sous ces ormeaux entendre les doux sons de ma flûte.
La bergère :  Garde pour toi ce plaisir ; je crains le danger.
Daphnis :  Allons, jeune bergère, redoute le courroux de Vénus.
La bergère :  Que m'importe Vénus ? Diane me protège.
Daphnis :  Ne parle pas ainsi, de peur qu'elle ne te punisse et que tu ne tombes dans ses pièges.
La bergère :  Qu'elle fasse ce qu'elle voudra, Diane saura bien me défendre... Retire donc ta main ou je te déchire le visage.
Daphnis :  Tu n'échapperas pas à l'Amour ; toutes les jeunes filles subissent ses lois.
La bergère :  Je lui échapperai, j'en jure par le dieu Pan !  Veux-tu laisser ce voile ?
Daphnis :  Je crains que l'amour ne te livre à un époux moins digne que moi.
La bergère :  Plusieurs voulaient ma main, mais aucun ne m'a plu.
Daphnis :  Et moi, le seul de tous, je te demande à toi-même.
La bergère : Que faire, mon ami ? L'hymen est rempli de tant de peines !
Daphnis :  L'hymen n'a ni douleur ni peine, il n'offre que des plaisirs.
La bergère :  Mais les femmes, dit-on, tremblent devant leurs maris.
Daphnis :  Dis plutôt qu'elles règnent sur eux : que peut redouter la beauté?
La bergère :  Je crains d'accoucher : la blessure d'Ilythie est cruelle.
Daphnis :  Mais c'est Diane, ta protectrice, qui préside aux accouchements.
La bergère :  Si je deviens mère, je perdrai ma beauté.
Daphnis :  Tu la retrouveras dans tes enfants.
La bergère :  Si je consens, quel présent de noces me donneras-tu?
Daphnis :  Tout, troupeau, bois, pâturages.
La bergère :  Jure de ne pas m'abandonner après notre hymen.
Daphnis :  J'en atteste Pan ! Non, jamais je ne t'abandonnerai, dusses-tu me bannir de ta présence.
La bergère :  Me donneras-tu un lit nuptial, une maison, une bergerie
Daphnis :  Oh oui ! Je te donnerai un lit nuptial et c'est pour toi que je fais paître ce beau troupeau.
La bergère :  Que dirai-je à mon père ? Oui, que lui dirai-je ?
Daphnis :  Il approuvera ton hymen quand il saura mon nom.
La bergère :  Dis-le moi ton nom : le nom de l'objet aimé est toujours agréable.
Daphnis :  Daphnis, fils de Lycidas et de Noméa.
La bergère :  Ta famille est honnête, la mienne ne l'est pas moins.
Daphnis :  Pas autant, car tu es la fille de Ménalque.
La bergère :  Montre-moi tes bois ; où est ta bergerie ?
Daphnis :  Viens et tu verras mes hauts cyprès toujours verts.
La bergère :  Paissez, mes chèvres; je vais voir les champs de mon berger.
Daphnis : Paissez, mes troupeaux; je vais montrer mes bois à ma bergère.
La bergère : Que fais-tu donc ? Pourquoi cette main sous mon voile?
Daphnis :  Je veux voir ces pommes arrondies.
La bergère :  Ô Pan ! Je suis toute troublée ! Retire donc ta main !
Daphnis :  Rassure-toi, ma jolie bergère ; pourquoi trembler ? Tu es trop timide.
La bergère : Tu me jettes sur la terre humide ! Ah! mes beaux habits sont perdus !
Daphnis :  Cette toison les garantira. 
La bergère :  Tu as arraché ma ceinture ! Mais que veux-tu donc faire ?
Daphnis : Consacrer à Vénus ma première offrande.
La bergère :  Arrête, malheureux ! quelqu'un vient ; j'entends du bruit.
Daphnis :  Ce sont les ormeaux qui célèbrent notre hymen.
La bergère :  Tu as déchiré mon voile ; me voilà nue.
Daphnis :  Je t'en donnerai un autre plus grand.
La bergère :  Oui  ; tu me promets tout maintenant, peut-être après tu ne me donneras rien.
Daphnis :  Ah! que ne puis-je faire passer mon âme tout entière dans la tienne !
La bergère : 0 Diane! Ne te fâche pas ! Je te suis infidèle.
Daphnis :  J'immolerai une génisse à l'Amour, un taureau à Vénus.
La bergère :  Je suis venue vierge et je m'en retourne épouse.
Daphnis :  Épouse et mère au lieu de fille inutile ; ton sein nourrira nos enfants.

Ainsi murmuraient tout bas ces jeunes amants au milieu de leurs doux ébats. Le couple furtivement uni se relève : la bergère retourne vers ses brebis, la rougeur sur le front, mais la joie dans le cœur, et Daphnis, fier de sa conquête, rejoint gaiement ses taureaux.

par Dolmancé
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus