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Mardi 22 janvier 2008
Les têtes s'étaient prodigieusement échauffées. On n'avait pas au souper, comme au dîner, la permission de morigéner autant les servantes: celles-ci, étant la quintessence de ce qu'offrait la société, devaient être un peu plus ménagées, mais en revanche, on se permit avec elles une furieuse dose d'impuretés. Le duc, à moitié ivre, dit qu'il ne voulait plus boire que de l'urine de Zelmire, et il en avala deux grands verres qu'il lui fit faire en la faisant monter sur la table, accroupie sur son assiette. "Le bel effort, dit Curval, que d'avaler du pissat de pucelle!" et appelant Fanchon à lui: "Viens, garce, lui dit-il, c'est à la source même que je veux puiser." Et penchant sa tête entre les jambes de cette vieille sorcière, il avala goulûment les flots impurs de l'urine empoisonnée qu'elle lui darda dans l'estomac. Enfin, les propos s'échauffèrent, on traita différents points de moeurs et de philosophie, et je laisse au lecteur à penser si la morale en fut bien épurée. Le duc entreprit un éloge du libertinage et prouva qu'il était dans la nature et que plus ses écarts étaient multipliés, mieux ils la servaient. Son opinion fut généralement reçue et applaudie, et on se leva pour aller mettre en pratique les principes qu'on venait d'établir. Tout était prêt dans le salon des orgies: les femmes y étaient déjà, nues, couchées sur des piles de carreaux à terre, pêle-mêle avec les jeunes gitons sortis de table à ce dessein un peu après le dessert. Nos amis s'y rendirent en chancelant, deux vieilles les déshabillèrent, et ils tombèrent au milieu du troupeau comme des loups qui assaillent une bergerie. L'évêque, dont les passions étaient cruellement irritées par les obstacles qu'elles avaient rencontrés à leur saillie, s'empara du cul sublime d'Antinoüs pendant qu'Hercule l'enfilait et, vaincu par cette dernière sensation et par le service important et si désiré qu'Antinoüs lui rendit sans doute, il dégorgea à la fin des flots de semence si précipités et si âcres qu'il s'évanouit dans l'extase. Les fumées de Bacchus vinrent achever d'enchaîner des sens qu'engourdissait l'excès de la luxure, et notre héros passa de l'évanouissement à un sommeil si profond qu'on fut obligé de le porter au lit. Le duc s'en donna de son côté. Curval, se ressouvenant de l'offre qu'avait faite la Martaine à l'évêque, la somma d'accomplir cette offre et s'en gorgea pendant qu'on l'enculait. Mille autres horreurs, mille autres infamies accompagnèrent et suivirent celles-là, et nos trois braves champions, car l'évêque n'était plus de ce monde, nos valeureux athlètes, dis-je, escortés des quatre fouteurs du service de nuit, qui n'étaient point là et qui vinrent les prendre, se retirèrent avec les mêmes femmes qu'ils avaient eues sur les canapés, à la narration. Malheureuses victimes de leurs brutalités, auxquelles il n'est que trop vraisemblable qu'ils firent plus d'outrages que de caresses et auxquelles, sans doute, ils donnèrent plus de dégoût que de plaisir. Telle fut l'histoire de la première journée.

par Dolmancé publié dans : Sade
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