L'insecte
De tes hanches à tes pieds
je veux faire un long voyage
Moi, plus petit qu'un insecte
Je vais parmi ces collines,
elles sont couleur d'avoine
avec des traces légères
que je suis seul à connaître,
des centimêtres roussis,
de blafardes perspectives.
Là se dresse une montagne.
Jamais je n'en sortirai.
Ô quelle mousse géante!
Et un cratère, une rose
de feu mouillé de rosée!
par tes jambes je descends
en filant en spirale
ou dormant dans le voyage
et j'arrive à tes genoux,
à leur ronde dureté
pareille aux âpres sommets
d'un continent de clarté.
Puis je glisse vers tes pieds
et vers les huits ouvertures
de tes doigts, fuseaux pointus,
tes doigts lents, péninsulaires,
et je tombe de leur haut
dans le vide du drap blanc
où je cherche,insecte aveugle
et affamé ton contour
de brûlante poterie !
par Dolmancé
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Mignone
Mignonne, sais-tu qu'on me blâme
De t'aimer comme je le fais ?
On dit que cela, sur mon âme !
Aura de singuliers effets;
Que tu n'es pas une duchesse,
Et que ton cul fait ta richesse,
Qu'en ce monde, ou rien n'est certain,
On peut affirmer une chose:
C'est que ton con vivant et rose
N'est que le con d'une putain !
Qu'est-ce que cela peut foutre ?
Lorsqu'on tient ces vains propos,
Je les méprise, et je passe outre,
Alerte, gaillard et dispo !
Je sais que près de toi je bande
Vertement, et je n'appréhende
Aucun malheur, sinon de voir,
Entre mes cuisses engourdies,
Ma pine flasque et molle choir !...
par Dolmancé
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Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis...
Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L'une moitié toute embrasée
L'autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers
par Dolmancé
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Frere Thibault
Frere Thibault, sejourné gros et gras,
Tiroit de nuict une garce en chemise.
Par le treillis de sa chambre les bras
Elle passa, puis la teste y a mise,
Et puis le seing, mais elle fut bien prise,
Car le fessier y passer ne put onc :
"Par la mort bieu, (ce dit le moyne adonc),
Il ne m'en chault de bras, tetin ne teste.
Passez le cul, ou vous retirez donc,
Je ne sçauroys sans luy vous faire feste.
par Dolmancé
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L'immaculée conception
... L'amour a toujours le temps. Il a devant lui le front d'où semble venir la pensée, les yeux qu'il s'agira tout à l'heure de distraire de leur
regard, la gorge dans laquelle se cailleront les sons, il a les seins et le fond de la bouche. Il a devant lui les plis inguinaux, les jambes qui couraient, la vapeur qui descend de leurs voiles,
il a le plaisir de la neige qui tombe devant la fenêtre. La langue dessine les lèvres, joint les yeux, dresse les seins, creuse les aisselles, ouvre la fenêtre; la bouche attire la chair de
toutes ses forces, elle sombre dans un baiser errant, elle remplace la bouche quelle a prise, c'est le mélange du jour et de la nuit. Les bras et les cuisses de l'homme sont liés aux bras et aux
cuisses de la femme, le vent se mêle à la fumée, les mains prennent l'ensemble des désirs...
par Dolmancé
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On donnerait cher pour savoir ce qu'elles pensent. Celles qui veulent ne pas être touchés.
Celles qui veulent qu'on les laissent faire. Celles qui veulent qu'on les saisissent lentement. Celles qui veulent frémir,
celles qui veulent frôler. Celles qui ne savent pas ce qu'elles veulent. Les habituées. Les novices.
Celles qui ne comprendront pas comment elles ont une fois dans leur vie permis cela. Les désespérées.
Les folles. Toutes les femmes sans mémoire, toutes les femmes sans lendemain...
par Dolmancé
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Elle tourne, elle est nue, elle est grave; ses flancs
Ondulent d'ombre bleue et de sueur farouche.
Dans les cheveux mouillés s'ouvre rouge la bouche
Et le regard se meurt entre les cils tremblants.
Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées
La peau douce, la chaleur molle de ses seins.
Ses coudes étendus comme sur des coussins
Ouvrent le baiser creux des aisselles dorées.
Mais la taille, ployée à la renverse, tend
Le pur ventre, gonflé d'un souffle intermittend,
Et sous l'arachnéen tissu noir de sa robe
Ses bras tendres, avec des gestes assoupis,
Ses pieds froids sur les arabesques des tapis,
Cherchent l'imaginaire amant qui se dérobe ...
par Dolmancé
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