Publicité

Mardi 29 avril 2008
Le refus


Au fond de la chambre élégante
Que parfuma son frôlement,
Seule, immobile, elle dégante
Ses longues mains, indolemment.

Les globes chauds et mats des lampes
Qui luisent dans l'obscurité,
Sur son front lisse et sur ses tempes
Versent une douce clarté.

Le torrent de sa chevelure,
Où l'eau des diamants reluit,
Roule sur sa pâle encolure
Et va se perdre dans la nuit.

Et ses épaules sortent nues
Du noir corsage de velours,
Comme la lune sort des nues
Par les soirs orageux et lourds.

Elle croise devant la glace,
Avec un tranquille plaisir,
Ses bras blancs que l'or fin enlace
Et qui ne voudraient plus s'ouvrir,

Car il lui suffit d'être belle :
Ses yeux, comme ceux d'un portrait,
Ont une fixité cruelle,
Pleine de calme et de secret ;

Son miroir semble une peinture
Que quelque vieux maître amoureux
Offrit à la race future,
Claire sur un fond ténébreux,

Tant la beauté qui s'y reflète
A d'orgueil et d'apaisement,
Tant la somptueuse toilette
Endort ses plis docilement,

Et tant cette forme savante
Paraît d'elle-même aspirer
A l'immobilité vivante
Des choses qui doivent durer.

Pendant que cette créature,
Rebelle aux destins familiers,
Divinise ainsi la Nature
De sa chair et de ses colliers,

Le miroir lui montre, dans l'ombre,
Son amant doucement venu,
Au bord de la portière sombre,
Offrir son visage connu.

Elle se retourne sereine,
Dans l'amas oblique des plis,
Qu'en soulevant la lourde traîne
Son talon disperse, assouplis,

Darde, sans pitié, sans colère,
La clarté de ses grands yeux las,
Et, d'une voix égale et claire,
Dit : " Non ! je ne vous aime pas. "


- in Idylles et légendes -
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 27 avril 2008
Théra



Cette outre en peau de chèvre, ô buveur, est gonflée
De l'esprit éloquent des vignes que Théra,
Se tordant sur les flots, noire, déchevelée
Étendit au puissant soleil qui les dora.


Théra ne s'orne plus de myrtes ni d'yeuses,
Ni de la verte absinthe agréable aux troupeaux,
Depuis que, remplissant ses veines furieuses,
Le feu plutonien l'agite sans repos.


Son front grondeur se perd sous une rouge nue ;
Des ruisseaux dévorants ouvrent ses mamelons ;
Ainsi qu'une Bacchante, elle est farouche et nue,
Et sur ses flancs intacts roule des pampres blonds.



Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 25 avril 2008

À la lumière



Dans l'essaim nébuleux des constellations,
Ô toi qui naquis la première,
Ô nourrice des fleurs et des fruits, ô Lumière,
Blanche mère des visions,

Tu nous viens du soleil à travers les doux voiles
Des vapeurs flottantes dans l'air :
La vie alors s'anime et, sous ton frisson clair,
Sourit, ô fille des étoiles !

Salut ! car avant toi les choses n'étaient pas.
Salut ! douce ; salut ! puissante.
Salut ! de mes regards conductrice innocente
Et conseillère de mes pas.

Par toi sont les couleurs et les formes divines,
Par toi, tout ce que nous aimons.
Tu fais briller la neige à la cime des monts,
Tu charmes le bord des ravines.

Tu fais sous le ciel bleu fleurir les colibris
Dans les parfums et la rosée ;
Et la grâce décente avec toi s'est posée
Sur les choses que tu chéris.

Le matin est joyeux de tes bonnes caresses ;
Tu donnes aux nuits la douceur,
Aux bois l'ombre mouvante et la molle épaisseur
Que cherchent les jeunes tendresses.

Par toi la mer profonde a de vivantes fleurs
Et de blonds nageurs que tu dores.
Au ciel humide encore et pur, tes météores
Prêtent l'éclat des sept couleurs.

Lumière, c'est par toi que les femmes sont belles
Sous ton vêtement glorieux ;
Et tes chères clartés, en passant par leurs yeux,
Versent des délices nouvelles.

Leurs oreilles te font un trône oriental
Où tu brilles dans une gemme,
Et partout où tu luis, tu restes, toi que j'aime,
Vierge comme en ton jour natal.

Sois ma force, ô Lumière ! et puissent mes pensées,
Belles et simples comme toi,
Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta foi
Leurs formes toujours cadencées !

Donne à mes yeux heureux de voir longtemps encor,
En une volupté sereine,
La Beauté se dressant marcher comme une reine
Sous ta chaste couronne d'or.

Et, lorsque dans son sein la Nature des choses
Formera mes destins futurs,
Reviens baigner, reviens nourrir de tes flots purs
Mes nouvelles métamorphoses.




- in Les poèmes dorés - 1873
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 23 avril 2008
Extrait du chant premier de La Foutromanie

Quand je patine un couple de tétons,
Durs, arrondis, rebelles, élastiques,
Lorsque nanti de mille appas physiques,
Mon vit, en rut, décharge à gros bouillons,
Des dieux, des rois, je méprise la gloire.
Un joli con vaut mieux qu'un diadème !

Un con touffu, mutin, ingénieux,
A deviner cent tours voluptueux,
Des reins d’ivoire et des fesses de marbre,
Une Charrière à mobiles ressorts,
Qui, sans quartier, m’attaquent corps à corps,
S’unit à moi comme le lierre à l’arbre,
Qui, secondant mes amoureux efforts,
Aux coups de cul répond avec adresse,
Serre mon vit, forge les voluptés,
Et me prodigue une adorable ivresse,

Voilà mes lois et mes divinités.
Avec le sceptre, et l’encens, et l’hommage
Jamais paillard, jamais fouteur ni sage
N’ira troquer les plaisirs enchanteurs.
Laisser les cons à l’appât des honneurs,
Quand, dans mes bras lascivement serrée,
Je tiens Dubois*, demi-morte, égarée.

Ne renaissant que pour doubler l’assaut,
Mon cœur content croit tenir Cyrthérée.
Je suis de braise, et mon vit au plus haut ,
Fier de fourbir de si superbes charmes,
De Jupiter ne voudrait pas le sort,
A Frédéric** ne rendrait pas les armes,
Soutient son rang et me conduit au port.

En la formant, la divine nature
N’épargna rien : l’esprit et la beauté,
Telle est, en bref sa fidèle peinture.
Au globe entier, humaine créature
N’eut autant l’air de divinité.


* Actrice de la comédie française
** Frédéric II  de Prusse
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 21 avril 2008
Le premier jour de mai


Laissons le lit et le sommeil,
Cette journée :
Pour nous l'aurore au front vermeil
Est déjà née.
Or' que le ciel est le plus gai,
En ce gracieux mois de mai,
Aimons mignonne,
Contentons notre ardent désir:
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne.

Viens, belle, viens te promener
Dans ce bocage ;
Entends les oiseaux jargonner
De leur ramage.
Mais écoute comme sur tous
Le rossignol est le plus doux,
Sans qu'il se lasse.
Oublions tout deuil, tout ennui,
Pour nous réjouir comme lui.
Le temps passe.

Ce vieillard, contraire aux amants,
Des ailes porte,
Et, en fuyant, nos meilleurs ans
Bien loin emporte.
Quand ridée un jour tu seras,
Mélancolique tu diras :
"J'étais peu sage
Qui n'usais point de la beauté
Que si tôt le temps a ôté
De mon visage."

Laissons ce regret et ce pleur
A la vieillesse ;
Jeunes, il faut cueillir la fleur
De la jeunesse.
Or'que le ciel est le plus gai,
En ce gracieux mois de mai,
Aimons, mignonne,
Contentons notre ardent désir:
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne. 
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 19 avril 2008

Sur un mai


Ce mai que j'ai planté, belle pour qui j'endure
Et qui trop m'avez fait endurer sans raison,
Quelque chose a de vous : je fais comparaison
De votre beauté jeune à sa belle verdure.


Le chêne est un dur arbre, et vous êtes bien dure :
Vous n'êtes moins que bois sourde à mon oraison :
Le mai sert de parer l'amoureuse saison :
Ainsi fait le jeune âge, âge qui si peu dure,


Sîtot que, de ce mai, l'honneur sera séché
Pour le jeter au feu il sera détranché :
Vous pouvez de ceci votre aventure apprendre,


Si, jeune, vous n'aimez, amour, pour vous punir,
Lorsque vous sentirez la vieillesse venir,
De regret et de deuil vous doit tourner en cendre.
 
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 16 avril 2008
Belle, ta beauté s'enfuit :
Cueillons ensemble le fruit
De la jeunesse gaillarde.
Pendant qu'en avons le temps,
Rendons nos désirs contents :
Beauté n'est un fruit de garde.

L'âge ennemi des ébats
Tôt le fait tomber à bas,
Comme un vent la rose ouverte.
L'amour se paye en aimant :
Aimant donc pareillement
Ne crains d'être découverte.

Si du bruit tu prends émoi,
Nul ne scèle mieux que moi
Toute amoureuse entreprise.
Un secret chasseur je suis,
Quand j'ai ce que je poursuis
Jamais je ne corne* prise.
 



* lâcher (Corne signifie "racine" en latin)
 
 
 
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 13 avril 2008

Cette fillette à qui le tétin point,
Qui est si gente et a les yeux si verts,
Ne lui soyez ni rude ni divers,
Mais traitez la doucement et à point.


Dépouillez vous et chemise et pourpoint,
Et la jetez sur un lit à l'envers,
Cette fillette à qui le tétin point.


Desserrez lui les genoux bien à point,
En devisant de plusieurs mots couverts,
Incontinent que* les verrez ouverts
Donnez dedans, et ne l'épargnez point,
Cette fillette à qui le tétin point.


 
* et au moment où vous...


in Le Jardin de Plaisance et fleur de rhétorique, Choix de chansons de la fin du XVè établi par Antoine Vérard  en 1501 - Ed. Firmin Didot 1910 (réédité en 1924 par les Ed. Champion)

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 10 avril 2008
Vous, vous étiez pucelle, ha vous étiez le diable,
Vous l'avez bien été, mais c'était au berceau,
Vous, vous étiez pucelle, a j'étais donc puceau,
Je vous laisse à penser, comme il est véritable.


Non, vous ne l'étiez pas, vous contez une fable.
Ma foi je vous pensais un plus friand morceau,
Fallait-il pour cela crier tout beau, tout beau,
Au meurtre mon voisin, soyez moi secourable.


O la fine vilaine, ô le plaisant discours,
Appeller son voisin, lui demander secours,
Pour montrer qu'elle était en ce métier nouvelle.


Vous m'avez donc trompé, souvenez vous en bien,
Allez chaude putain, vous n'étiez point pucelle,
Par ma foi, jamais plus vous ne me serez rien.
 



 
in Le premier livre de La flamme d'amour (Ed. Abel L'Angelier, 1591)

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 7 avril 2008
ALLEZ, mes vers, allez annoncer la nouvelle,
Allez chanter partout la fin de ma langueur ;
Celle qui dans ses yeux cachait tant de rigueur,
Se montre maintenant aussi douce que belle.


Amants, qui vous moquez de l'amour éternel,
Amants, qui en amour dédaignez la longueur,
Le temps est quelquefois de nos peines vengeur ;
L'amant n'est pas amant s'il n'est ferme et fidèle.


Je veux bâtir un temple à ma fidélité,
Où d'un côté sera peinte la cruauté,
Les travaux, la douleur qu'un amoureux supporte ;


Et de l'autre côté ces vers seront écrits :
Amour m'a fait entrer dedans son paradis ;
Qui ne sera constant, n'heurte point à la porte.


 
 
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus