Publicité

Mardi 20 mai 2008
Anne, je vous supplie, à baiser apprenez,
A baiser apprenez, Anne, je vous supplie,
Car parmi les plaisirs qu'en amour on publie,
Les baisers sont divins quand ils sont bien donnés.

Je suis, et comme moi plusieurs sont étonnés,
Ayant ainsi la bouche en beauté accomplie,
Et de si bonne odeur l'ayant ainsi remplie,
Qu'à baiser un peu mieux vous ne vous adoniez.

Ce n'est pas tout d'être ensemble bec à bec,
Les lèvres se pressant d'un baiser toujours sec,
Il faut que l'une langue avec l'autre s'assemble,

Ores à son ami doucement la donnant,
Ores à son ami doucement la prenant,
La suçant, étraignant et mordant tout ensemble.



in Les Amours d'Olivier de Magny, Ed. B.Rigaud, Paris, 1572.
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 20 mai 2008

C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de

France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la

Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe

outre.

A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse

Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, —

et s'arrête…

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine ! — Oh ! sous son crâne

jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !…

Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.

Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de

s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris ! Paris ! — Puis, le bonhomme a tant rêvé l'oeil ouvert, que, doucement, la somnolence

s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe,

échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir…

Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est

plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la

pipe…, Hi ! povero ! Son index était sur Paris !… Fini, le rêve glorieux !

*

* *

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! — Cachez, cachez ce

nez !…

Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais

[ LIGNES MANQUANTES ]

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 17 mai 2008
Sonnet à Même



Ce que j'aime au printemps, je te veux dire, Même ;
J'aime à fleurer la rose, et l'oeillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j'aime.


En été, dans un val, quand le chaud est extrême,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de crème.


Quand l'automne s'approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la châtaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire chère lie.


En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n'est au soir masqué ; mais en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 15 mai 2008
Comme une belle fleur assise entre les fleurs,
Mainte herbe vous cueillez en la saison plus tendre
Pour me les envoyer, et pour soigneuse apprendre
Leurs noms et qualités, espèces et valeurs.


Etait-ce point afin de guérir mes douleurs,
Ou de faire ma plaie amoureuse reprendre ?
Ou bien s'il vous plaisait par charmes entreprendre
D'ensorceler mon mal, mes flammes et mes pleurs ?


Certes, je crois que non ; nulle herbe n'est maîtresse
Contre le coup d'Amour envieilli par le temps,
C'était pour m'enseigner qu'il faut, dès la jeunesse,
 

Comme d'un usufruit, prendre son passe-temps :
Que pas à pas nous suit l'importune vieillesse,
Et qu'Amour et les fleurs ne durent qu'un printemps.

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 13 mai 2008
Gaïté


Jaquet aime autant sa Robine
Qu'une pucelle sa poupine :
Robine aime autant son Jaquet
Qu'un amoureux fait son bouquet.
Ô amourettes doucelettes,
Ô doucelettes amourettes,
Ô couple d'amis bienheureux,
Ensemble aimez et amoureux !
Ô Robine bien fortunée
De s'être au bon Jaquet donnée !
Ô bon Jaquet bien fortunée
De s'être à Robine donné !
Que ni les robes violettes,
Les rubans, ni les ceinturettes,
Les bracelets, les chaperons,
Les devanteaux, les mancherons
N'ont eu la puissance d'époindre (1)
Pour macreaux (2) ensemble les joindre.

Mais les rivages babillards,
L'oisiveté des prés mignards,
Les fontaines argentelettes,
Par un petit trac mousselet (3)
Du creux d'un Antre verdelet,
Les grandes forêts renouvellées,
Le solitaire des vallées
Closes d'effroi tout à l'entour
Furent cause de tel amour.

En la saison que l'hiver dure,
Tous deux pour tromper la froidure,
Au pied d'un chêne mi-mangé
De main tremblante ont arrangé
Des chenevotes (4), des fougères,
Du chaume sec et des bruyères,
Des buchettes et des brochars (5),
Et soufflant le feu de deux parts
Chauffaient à fesses acroupies
Le clair dégoût de leurs roupies (6).


(...)


A peine eut dit qu'elle s'approche,
Et le bon Jaquet qui l'embroche
Fit trépigner tous les Sylvains
Du dru maniement de ses reins.
Les boucs barbus qui l'aguettèrent, (7)
Paillards, sur les chèvres montèrent,
Et ce Jaquet contr'aguignant (8)
Allaient à l'envie trépignant.

Ô bienheureuses amourettes,
Ô amourettes doucelettes !
Ô couple d'amants bienheureux,
Ensemble aimez, et amoureux !
Ô Robine bien fortunée
De s'être au bon Jaquet donnée !
Ô bon Jaquet bien fortunée
De s'être à Robine donné !
Ô doucelettes amourettes,
Ô amourettes doucelettes !



(1) faire sentir un désir
(2) sans doute maquereaux au sens d'entremetteur
(3) piste, chemin d'herbe
(4) chanvre
(5) morceaux de bois en forme de broche
(6) goutte qui pend au nez
(7) être aux aguets
(8) lorgner, regarder avec envie




in Livret de Folastries 1553



Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 11 mai 2008
Rondel


En la baisant et tenant ses tetons,
De sa gorge procédèrent deux tons
Plein de douceur et de grande harmonie
Et sur ce point, son secret je manie
Et lui baille d'amour les viretons*.


Puis en un lieu où nul ne redoutons
Maint bon propos de l'un l'autre écoutons,
D'affection bien joyeuse garnie
En la baisant.


En un jardin tout auprès nous boutons,
Et d'un rosier cueillîmes les boutons,
Lesquels rendaient une odeur infinie.
Lors, sans songer, la parole finie,
Au jeu plaisant de nouveau nous mettons
En la baisant.


1536

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 9 mai 2008

Le Lai du chèvrefeuille
(extrait)


Contexte : Tristan, chassé de la cour du roi Marc, apprend que Guenièvre voyage avec celui-ci . Connaissant le chemin du cortège royal, il décide de profiter de l'opportunité pour graver un message sur une baguette de noisetier. Guenièvre l'aperçoit, et les deux amants passent un moment ensemble.


(...)

Le jour où le roi se mit en route,
Tristan revint au bois.
Sur le chemin où il savait
Que devait passer le cortège,
Il trancha une branche de coudrier par le milieu,
Et le fendit de manière à lui donner une forme carrée.
Quand il eut préparé le bâton,
Avec son couteau il écrivit son nom.
Si la reine le remarque,
Qui y prenait bien garde -
Elle connaîtra bien le bâton
De son ami en le voyant.
Telle fut la teneur de l’écrit
Qu’il lui avait dit et fait savoir :
Comme du chèvrefeuille
Qui s’attachait au coudrier
Une fois qu’il s’y est attaché et enlacé,
Et qu’il s’est enroulé tout autour du tronc,
« Belle amie, ainsi est-il de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

(...)

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 7 mai 2008
De la nature
- Livre IV (extrait) -


(...)

Au détroit fougueux de la vie, dès que s’épanche en nous
la semence première, le jour de sa maturation,
de l’extérieur confluent les images de divers corps,
promesses d’un beau visage et d’un teint éclatant,
qui excitent les régions gonflées par la semence.
Ainsi de l’homme atteint par les traits de Vénus
que lui lance le garçon aux membres féminins
ou la femme dont tout le corps darde l’amour :
il tend vers qui le frappe et brûle de l’étreindre,
de jeter la liqueur de son corps dans le sien,
car son désir muet lui prédit le plaisir.
Tels les amants, jouets des images de Vénus,
Cupides, leurs corps se fichent, ils joignent leurs salives,
Enfin jaillit le désir concentré en leurs nerfs,
leur violente ardeur s’apaise un court instant,
puis un nouvel accès de rage et de fureur les prend.
Jamais les oiseaux, les fauves, les bestiaux petits ou gros,
les juments ne pourraient se soumettre aux mâles
si leur nature, brûlant, débordant, n’entrait en rut
et ne jouissait du plaisir donné aux assaillants.

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 3 mai 2008
Daphnis et une bergère


La bergère :  Pâris quoique berger, enleva la sage Hélène.
Daphnis :  Et moi, c'est parce que je suis berger que mon Hélène m'embrasse.
La bergère :  Moins d'orgueil, jeune indiscret ; un simple baiser n'est rien.
Daphnis :  Un simple baiser a mille charmes.
La bergère :  Eh bien! J'essuie mes lèvres et j'en efface ton baiser.
Daphnis :  Tu l'effaces! Laisse-moi donc t'en donner un autre.
La bergère :  Va baiser tes génisses ; respecte une fille encore pure.
Daphnis :  Moins d'orgueil : jeunesse passe comme un songe.
La bergère :  Le raisin sec conserve sa saveur et l'on cueille encore la rose flétrie.
Daphnis :  Viens sous ces oliviers sauvages ; j'ai deux mots à te dire.
La bergère :  Non, non ; tu m'as déjà trompée avec tes douces paroles.
Daphnis :  Viens sous ces ormeaux entendre les doux sons de ma flûte.
La bergère :  Garde pour toi ce plaisir ; je crains le danger.
Daphnis :  Allons, jeune bergère, redoute le courroux de Vénus.
La bergère :  Que m'importe Vénus ? Diane me protège.
Daphnis :  Ne parle pas ainsi, de peur qu'elle ne te punisse et que tu ne tombes dans ses pièges.
La bergère :  Qu'elle fasse ce qu'elle voudra, Diane saura bien me défendre... Retire donc ta main ou je te déchire le visage.
Daphnis :  Tu n'échapperas pas à l'Amour ; toutes les jeunes filles subissent ses lois.
La bergère :  Je lui échapperai, j'en jure par le dieu Pan !  Veux-tu laisser ce voile ?
Daphnis :  Je crains que l'amour ne te livre à un époux moins digne que moi.
La bergère :  Plusieurs voulaient ma main, mais aucun ne m'a plu.
Daphnis :  Et moi, le seul de tous, je te demande à toi-même.
La bergère : Que faire, mon ami ? L'hymen est rempli de tant de peines !
Daphnis :  L'hymen n'a ni douleur ni peine, il n'offre que des plaisirs.
La bergère :  Mais les femmes, dit-on, tremblent devant leurs maris.
Daphnis :  Dis plutôt qu'elles règnent sur eux : que peut redouter la beauté?
La bergère :  Je crains d'accoucher : la blessure d'Ilythie est cruelle.
Daphnis :  Mais c'est Diane, ta protectrice, qui préside aux accouchements.
La bergère :  Si je deviens mère, je perdrai ma beauté.
Daphnis :  Tu la retrouveras dans tes enfants.
La bergère :  Si je consens, quel présent de noces me donneras-tu?
Daphnis :  Tout, troupeau, bois, pâturages.
La bergère :  Jure de ne pas m'abandonner après notre hymen.
Daphnis :  J'en atteste Pan ! Non, jamais je ne t'abandonnerai, dusses-tu me bannir de ta présence.
La bergère :  Me donneras-tu un lit nuptial, une maison, une bergerie
Daphnis :  Oh oui ! Je te donnerai un lit nuptial et c'est pour toi que je fais paître ce beau troupeau.
La bergère :  Que dirai-je à mon père ? Oui, que lui dirai-je ?
Daphnis :  Il approuvera ton hymen quand il saura mon nom.
La bergère :  Dis-le moi ton nom : le nom de l'objet aimé est toujours agréable.
Daphnis :  Daphnis, fils de Lycidas et de Noméa.
La bergère :  Ta famille est honnête, la mienne ne l'est pas moins.
Daphnis :  Pas autant, car tu es la fille de Ménalque.
La bergère :  Montre-moi tes bois ; où est ta bergerie ?
Daphnis :  Viens et tu verras mes hauts cyprès toujours verts.
La bergère :  Paissez, mes chèvres; je vais voir les champs de mon berger.
Daphnis : Paissez, mes troupeaux; je vais montrer mes bois à ma bergère.
La bergère : Que fais-tu donc ? Pourquoi cette main sous mon voile?
Daphnis :  Je veux voir ces pommes arrondies.
La bergère :  Ô Pan ! Je suis toute troublée ! Retire donc ta main !
Daphnis :  Rassure-toi, ma jolie bergère ; pourquoi trembler ? Tu es trop timide.
La bergère : Tu me jettes sur la terre humide ! Ah! mes beaux habits sont perdus !
Daphnis :  Cette toison les garantira. 
La bergère :  Tu as arraché ma ceinture ! Mais que veux-tu donc faire ?
Daphnis : Consacrer à Vénus ma première offrande.
La bergère :  Arrête, malheureux ! quelqu'un vient ; j'entends du bruit.
Daphnis :  Ce sont les ormeaux qui célèbrent notre hymen.
La bergère :  Tu as déchiré mon voile ; me voilà nue.
Daphnis :  Je t'en donnerai un autre plus grand.
La bergère :  Oui  ; tu me promets tout maintenant, peut-être après tu ne me donneras rien.
Daphnis :  Ah! que ne puis-je faire passer mon âme tout entière dans la tienne !
La bergère : 0 Diane! Ne te fâche pas ! Je te suis infidèle.
Daphnis :  J'immolerai une génisse à l'Amour, un taureau à Vénus.
La bergère :  Je suis venue vierge et je m'en retourne épouse.
Daphnis :  Épouse et mère au lieu de fille inutile ; ton sein nourrira nos enfants.

Ainsi murmuraient tout bas ces jeunes amants au milieu de leurs doux ébats. Le couple furtivement uni se relève : la bergère retourne vers ses brebis, la rougeur sur le front, mais la joie dans le cœur, et Daphnis, fier de sa conquête, rejoint gaiement ses taureaux.

Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 1 mai 2008
Le Désir


Je sais la vanité de tout désir profane.
A peine gardons-nous de tes amours défunts,
Femme, ce que la fleur qui sur ton sein se fane
Y laisse d'âme et de parfums.

Ils n'ont, les plus beaux bras, que des chaînes d'argile,
Indolentes autour du col le plus aimé ;
Avant d'être rompu leur doux cercle fragile
Ne s'était pas même fermé.

Mélancolique nuit des chevelures sombres,
A quoi bon s'attarder dans ton enivrement,
Si, comme dans la mort, nul ne peut sous tes ombres
Se plonger éternellement ?

Narines qui gonflez vos ailes de colombe,
Avec les longs dédains d'une belle fierté,
Pour la dernière fois, à l'odeur de la tombe,
Vous aurez déjà palpité.

Lèvres, vivantes fleurs, nobles roses sanglantes,
Vous épanouissant lorsque nous vous baisons,
Quelques feux de cristal en quelques nuits brûlantes
Sèchent vos brèves floraisons.

Où tend le vain effort de deux bouches unies ?
Le plus long des baisers trompe notre dessein ;
Et comment appuyer nos langueurs infinies
Sur la fragilité d'un sein ?


- in Les Poèmes Dorés (1873) -
Par Dolmancé
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus